La Prophétie
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La Prophétie
Bien le bonjour !
C'est attiré par la passion créative, tel le papillon par l'incandescence, que je rejoins ce forum, que mon ami Majra m'a fait découvrir. Étant moi-même administrateur d'un forum de P-serv et d'un forum RP (mort because pas le temps de l'entretenir
) je sais que chaque forum a ses règles. Je n'ai vu aucun sujet de règles particulières ici en plus du règlement que l'on prétend avoir lu pour créer son compte (y'a pas grand monde qui lit ces trucs ! >_<) donc je poste ici sans vergogne, et advienne que pourra.
Je vais poster ici la nouvelle que je rédige, nouvelle baptisée la prophétie (vous constaterez très vite que ce titre est entièrement abusif), avec l'espoir qu'elle vous plaira.
Sinon oui j'écris toujours comme ça
Les premiers chapitres sont très courts, pour plein de raisons, mais je commence à donner plus de longueur, de détails, à ma narration (j'en suis au chapitre trois) donc pas d'inquiétude, il y aura à se mettre sous la dent !
Voilà ! en espérant que vous prendrez autant de plaisir à lire que j'en prends à écrire
C'est attiré par la passion créative, tel le papillon par l'incandescence, que je rejoins ce forum, que mon ami Majra m'a fait découvrir. Étant moi-même administrateur d'un forum de P-serv et d'un forum RP (mort because pas le temps de l'entretenir
Je vais poster ici la nouvelle que je rédige, nouvelle baptisée la prophétie (vous constaterez très vite que ce titre est entièrement abusif), avec l'espoir qu'elle vous plaira.
Sinon oui j'écris toujours comme ça
Les premiers chapitres sont très courts, pour plein de raisons, mais je commence à donner plus de longueur, de détails, à ma narration (j'en suis au chapitre trois) donc pas d'inquiétude, il y aura à se mettre sous la dent !
Voilà ! en espérant que vous prendrez autant de plaisir à lire que j'en prends à écrire
Prologue
Il y a de cela très, très longtemps, les dieux créèrent les humains. Puis, ils laissèrent les humains à leurs querelles. De temps en temps, les dieux manifestent leur présence, notamment en envoyant à leurs oracles des visions. Un jour l'oracle de Sinius, dieu de la vie et de la mort, roi des dieux, annonça deux prophéties. La première annonçait la venue du mal, la deuxième annonçait un espoir pour l'humanité. Autant "l'annonce de mort" était claire, nette et précise, comme la mort elle-même sait l'être, autant "la prophétie de vie" était comme la vie, floue, imprécise, courte et incompréhensible. Voici les deux prophéties :
"Du désert viendra le mal, le mal détrônera les hommes."
"Les sept vaincront."
Dans le royaume humain unique, Ganesh, on prépara les hommes au combat. Pendant plus de deux cents ans, on attendit l'arrivée du mal, entraînant les jeunes dès le plus jeune âge. C'est du désert aride de l'ouest que surgirent des créatures abominables, des démons au service du chaos, qui repoussèrent les frontières humaines, et fondèrent un royaume dans la plaine dont ils avaient pris le contrôle : le royaume de Sombreternel, l'avant-poste des démons dans le monde des humains. Le roi humain, Siegfried III, envoya moult armées, moult escadrons, combattre les démons et les renvoyer dans leur monde de flammes et de cendres, mais en vain : les démons, plus fort, plus solides et plus entraînés que les humains , les tuaient sans efforts. La horde démoniaque eut tôt fait d'envahir le royaume humain, et de réduire en esclavage la race humaine. Lorsque la capitale Histeria, dernier bastion de liberté humaine, fut prise par les démons, un nouveau calendrier fut mis en place. Ainsi, le premier Janvier de l'an 1 concorde avec la prise de Histeria. Siegfried III fut tué, et le Compte Noir de Sombreternel prit sa place sur le trône.
Notre histoire commence à Linio, village montagnard. Ce petit village compte à peu près trois cent âmes. Lorsque le messager démon, venu tout droit de Histeria, vint apporter la nouvelle de la chute de la capitale du royaume, les démons organisèrent une grande fête, tandis que les humains quand à eux... Organisaient une résistance.
-"Nous ne pouvons laisser ces abominations dominer l'humanité !"
Prefnel, comme à son habitude, parlait trop haut, trop fort et trop vite. Sa voix résonna quelques secondes dans la cave humide, puis le doyen du village, Maximilien Tordanno, prit la parole.
-"Ils ne nous laissent pas le choix, Prefnel... Ni toi, ni moi, ni aucun d'entre nous n'est capable de tuer ne serait-ce qu'un seul de ces monstres. Il faudrait trente hommes pour tuer un démon... Et la garde, ici, est de vingt-cinq démons, soit pour les vaincre en combat une nécessité de sept cent cinquante hommes, sachant que la population de ce village est à plus de soixante pour cent féminine, en retranchant les vieillards, les invalides et les enfants, nous n'avons pas un dixième des hommes nécessaires. Sans compter le fait que nous ne sommes pas des guerriers... L'affrontement auquel tu pense, Prefnel, est... Comment dire ? Impensable.
-Maître Tordanno, je respecte votre sagesse, mais nous ne pouvons pas les laisser nous mener comme du bétail !"
Une voix rude gronda dans la cave, celle de Francis Aïrhönkreuft, le forgeron du village.
-"Qui te parle de baisser les bras ? Il a dit que nous ne pouvions pas les affronter de front, c'est tout.
-Quelle différence ?
-La différence, imbécile, est que nous pouvons combattre les démons tant que nous restons cachés ! Ai-je bien compris, Maître Tordanno ?
-Tu as parfaitement compris, Francis. Nous allons mener une guérilla."
Tout le monde dans l'assemblé approuva, le visage sombre, sauf Prefnel.
-"C'est quoi, une guérilla ?"
Il est obsolète de décrire le silence qui suivit cette réplique. Ce fut le petit frère de Prefnel, Prifnil (leur parents n'avaient certes pas beaucoup d'imagination, leur nom de famille est Prafnal) qui lui répondit
-"On va les combattre en restant cachés"
-"Oh... Je vois..."
Après qu'un petit remontant ait été partagé par nos valeureux résistants planqués dans leur cave, chacun regagna son domicile. Dehors, les démons difformes, multicolores, dont la morphologie ressemblait au croisement indécis d'un faucon et d'un lézard illustré par un peintre ivre, continuaient à festoyer. Des liquides impossibles à décrire (sauf avec le mot indescriptible, et encore) passaient de patte en patte, et finissait soit au fond des gueules de sauriens des démons, soit par terre. En somme, comme dans les fêtes humaines, il y avait de l'alcool à profusion, ainsi que d'autres distractions auxquelles se livraient les démons, mais aucun humain n'aurait été capable de dire de quoi il s'agissait.
A peine quelque jours plus tard, alors que les démons n'avaient pas fini de décuver, les humains étaient déjà organisés. L'alchimiste du village, Elenys Fragg, avait préparé des poudres explosives redoutables, que Francis avait mis dans des petites bombonnes métalliques, munies de mèches de chanvre. L'idée était très simple : prendre quelqu'un d'assez discret, et aller déposer tranquillement les explosifs le plus près possible des démons, dans le but évident d'en faire sauter autant que possible. La guérilla commençait.
"Du désert viendra le mal, le mal détrônera les hommes."
"Les sept vaincront."
Dans le royaume humain unique, Ganesh, on prépara les hommes au combat. Pendant plus de deux cents ans, on attendit l'arrivée du mal, entraînant les jeunes dès le plus jeune âge. C'est du désert aride de l'ouest que surgirent des créatures abominables, des démons au service du chaos, qui repoussèrent les frontières humaines, et fondèrent un royaume dans la plaine dont ils avaient pris le contrôle : le royaume de Sombreternel, l'avant-poste des démons dans le monde des humains. Le roi humain, Siegfried III, envoya moult armées, moult escadrons, combattre les démons et les renvoyer dans leur monde de flammes et de cendres, mais en vain : les démons, plus fort, plus solides et plus entraînés que les humains , les tuaient sans efforts. La horde démoniaque eut tôt fait d'envahir le royaume humain, et de réduire en esclavage la race humaine. Lorsque la capitale Histeria, dernier bastion de liberté humaine, fut prise par les démons, un nouveau calendrier fut mis en place. Ainsi, le premier Janvier de l'an 1 concorde avec la prise de Histeria. Siegfried III fut tué, et le Compte Noir de Sombreternel prit sa place sur le trône.
Notre histoire commence à Linio, village montagnard. Ce petit village compte à peu près trois cent âmes. Lorsque le messager démon, venu tout droit de Histeria, vint apporter la nouvelle de la chute de la capitale du royaume, les démons organisèrent une grande fête, tandis que les humains quand à eux... Organisaient une résistance.
-"Nous ne pouvons laisser ces abominations dominer l'humanité !"
Prefnel, comme à son habitude, parlait trop haut, trop fort et trop vite. Sa voix résonna quelques secondes dans la cave humide, puis le doyen du village, Maximilien Tordanno, prit la parole.
-"Ils ne nous laissent pas le choix, Prefnel... Ni toi, ni moi, ni aucun d'entre nous n'est capable de tuer ne serait-ce qu'un seul de ces monstres. Il faudrait trente hommes pour tuer un démon... Et la garde, ici, est de vingt-cinq démons, soit pour les vaincre en combat une nécessité de sept cent cinquante hommes, sachant que la population de ce village est à plus de soixante pour cent féminine, en retranchant les vieillards, les invalides et les enfants, nous n'avons pas un dixième des hommes nécessaires. Sans compter le fait que nous ne sommes pas des guerriers... L'affrontement auquel tu pense, Prefnel, est... Comment dire ? Impensable.
-Maître Tordanno, je respecte votre sagesse, mais nous ne pouvons pas les laisser nous mener comme du bétail !"
Une voix rude gronda dans la cave, celle de Francis Aïrhönkreuft, le forgeron du village.
-"Qui te parle de baisser les bras ? Il a dit que nous ne pouvions pas les affronter de front, c'est tout.
-Quelle différence ?
-La différence, imbécile, est que nous pouvons combattre les démons tant que nous restons cachés ! Ai-je bien compris, Maître Tordanno ?
-Tu as parfaitement compris, Francis. Nous allons mener une guérilla."
Tout le monde dans l'assemblé approuva, le visage sombre, sauf Prefnel.
-"C'est quoi, une guérilla ?"
Il est obsolète de décrire le silence qui suivit cette réplique. Ce fut le petit frère de Prefnel, Prifnil (leur parents n'avaient certes pas beaucoup d'imagination, leur nom de famille est Prafnal) qui lui répondit
-"On va les combattre en restant cachés"
-"Oh... Je vois..."
Après qu'un petit remontant ait été partagé par nos valeureux résistants planqués dans leur cave, chacun regagna son domicile. Dehors, les démons difformes, multicolores, dont la morphologie ressemblait au croisement indécis d'un faucon et d'un lézard illustré par un peintre ivre, continuaient à festoyer. Des liquides impossibles à décrire (sauf avec le mot indescriptible, et encore) passaient de patte en patte, et finissait soit au fond des gueules de sauriens des démons, soit par terre. En somme, comme dans les fêtes humaines, il y avait de l'alcool à profusion, ainsi que d'autres distractions auxquelles se livraient les démons, mais aucun humain n'aurait été capable de dire de quoi il s'agissait.
A peine quelque jours plus tard, alors que les démons n'avaient pas fini de décuver, les humains étaient déjà organisés. L'alchimiste du village, Elenys Fragg, avait préparé des poudres explosives redoutables, que Francis avait mis dans des petites bombonnes métalliques, munies de mèches de chanvre. L'idée était très simple : prendre quelqu'un d'assez discret, et aller déposer tranquillement les explosifs le plus près possible des démons, dans le but évident d'en faire sauter autant que possible. La guérilla commençait.
Dernière édition par SandroSwordfire le Ven 4 Juil - 7:56, édité 1 fois
Chapitre I-Tous risques pris
Ce fut le hasard qui décida, mais je pense que vous aviez déjà deviné : ce fut Prefnel qui reçut la mission délicate de poser les "mines" dans le campement des démons, à la lisière du village. Très occupés à discuter dans une langue qu'aucun gosier humain n'aurait pu prononcer, les démons ne prêtèrent aucune attention lorsque Prefnel sortit du village, déguisé en chasseur, arc à la main et carquois au dos. Si elle avait su ce qui se cachait au fond du carquois, la garde démoniaque n'aurait bien sûr pas laissé passer le jeune homme, mais aucun de ces démons inférieurs n'avait le don d'outrevue. Prefnel se glissa dans le bois, et commença à observer. Le campement des démons était un petit bâtiment de bois, pas plus grand qu'une salle de bains, et pourtant vingt des vingt-cinq démons y dormaient encore. les cinq autres se répartissaient les tâches matinales. L'un était devant la porte du petit bungalow de bois, le deuxième était parti chercher de l'eau, des herbes et des poudres dans les montagnes, et les trois restants se partageaient des tours de garde autour du village. Prefnel se souvint de ce que le maître forgeron Aïrhönkreuft lui avait dit : "leurs écailles sont épaisses, mais je sais que tu es un très bon archer. Ce n'est pas le hasard mais le destin qui t'a choisi, car je pense que tu es celui qui a le plus de chance de réussir cette opération-suicide. Ces démons ont peu de failles... Et ils le savent, un seul d'entre eux protège leur camp. Tu devras te placer dans le bois et lui faire face. Reste bien aché ! Tu devras attendre le moment où il ouvrira la bouche, sans qu'il n'y ait qui que ce soit avec lui. Un bâillement par exemple. Lorsqu'il aura la gueule grande ouverte, décoche-y une flèche !". Facile à dire.
Prefel était dans le bois, à attendre que le démon se mette à bâiller. Il trouva sa situation tour à tour dangereuse, enviable, héroïque, ridicule, suicidaire. Finalement, le démon se mit à bâiller. Prefnel avait son arc tendu depuis déjà plus de vingt minutes, et des crampes le faisaient souffrir. Sa flèche siffla droit vers sa cible et toucha juste quand même, le tout dans un silence absolu. En une fraction de seconde, le démon sentit une douleur atroce surgir dans sa gorge, il vit un humain apparaître et constata de son incapacité à prévenir les autres, puis il mourut étouffé par son sang. L'opération débutait à la perfection. Prefnel entra dans le bungalow, et ce qu'il vit le laissa abasourdi, bien que tout le monde s'attendait à quelque chose du genre : il n'y avait rien dedans, sinon sur le mur du fond une espèce de vortex violacé. Prefnel, grâce à une pâte adhésive fournie par Fragg, disposa les charges explosives autour du vortex, puis alluma les mèches. Il avait une minute pour parcourir deux cent mètres, donc il ne se pressa pas, mais lorsqu'il sortit du bungalow, il aperçut le démon parti chercher eau et autres denrée à l'usage indéfini. Imprévu de taille, surtout que le démon l'avait vu, lui aussi. Il battit des ailes, et en quelques bonds il fut sur Prefnel. Le démon recouvrait Prefnel de sa masse, bloquant les bras et les jambes du jeune homme. Le démon utilisait ses ailes pour augmenter la pression qu'il faisait subir à sa victime, plus fort, toujours plus fort. Certes Prefnel n'avait jamais été une lumière, mais il savait se battre et il avait de bon réflexes. Il savait que se débattre ne servirait à rien, il avait bien compris que ses bras et jambes étaient hors course, ne lui restait que sa tête. Il la recula le plus possible, et lorsque le démon fut suffisamment près, il lui administra un formidable coup de tête, qui cueillit la créature au menton, la forçant à se redresser, libérant les bras du jeune homme. Jeune homme qui eut le réflexe prompt, il banda ses muscles, attrapa le démon à l'aisselle et tira un grand coup. La tête reptilienne vint heurter le sol avec violence. Après ça, le démon étant à moitié sonné, Prefnel put de se relever, attraper son arc et achever la créature. Tout ceci s'était déroulé en une cinquantaine de secondes, ce qui en laissait dix à notre héros pour prendre ses jambes à son cou. Il courut comme un dératé, et lorsque la bombe explosa, il était juste assez loin pour ne pas être atteint par les flammes. Soufflé par l'explosion, il se ramassa face contre terre. Hors de question de se prélasser, les trois autres démons, affectés aux tours de garde, allaient bientôt arriver, attirés par le bruit. Il devait fuir dans les bois, vite.
La suite s'était assez bien déroulé, Prefnel était resté caché dans les bois le temps que les trois démons aillent constater les dégâts, puis était revenu discrètement dans la ville. Il annonça au vieux Tordanno la réussite totale de l'excursion, conta sans exagérations sa victoire en combat singulier contre le démon, et la flèche qu'il avait tiré dans la gueule du démon bailleur. La nouvelle et les hauts faits furent accueillis par des applaudissements à tout rompre. Prefnel était, pour le moment du moins, un héros. Malheureusement, même si leur opération commando avait permis de se débarrasser de vingt-deux démons, dont deux définitivement, il restait trois redoutables adversaires. Trois redoutables adversaires qui allaient venir demander des comptes. Lorsque les trois démons entrèrent dans le village, la majeure partie des hommes étaient camouflés, arc au poing, prêts à payer leur liberté de leur vie. Ce fut Tordanno qui reçut les démons.
-"Quel alizé porte nos maîtres dans nos murs ?"
Un des démons se jeta sur lui, jetant son poing sur le vieil homme, qui vint le cueillir au creux de l'estomac. Le chef du trio (il était le seul à avoir une arme et une armure) prit la parole, avec une de ces voix démoniaques, qui rappellent le bruit du feu et le choc des lames.
-"Skrhischnizk, ne le tue pas. Écoute, fou humain, avant que nous ne ravagions ton misérable village. Notre campement ainsi que son portail ont été détruit, deux des nôtres sont mort et vingt autres sont condamnés. Je te laisse le choix, misérable. Livre-nous les coupables, ou vous mourrez tous !
-Je crois, démon, que que tu n'es plus en position de force, seul et désarmé.
-Que!?"
Les flèches volèrent, venant de toutes les directions, et si l'armure avait protégé le chef, ses deux acolytes étaient à présent morts, criblés de flèches, ajoutant une ressemblance au hérisson à leur morphologie indécise. Lorsque le chef du défunt trio porta la main au côté pour attraper sa lame, elle n'était plus là. Il posa sur le vieux sage humain un regard où l'incompréhension cohabitait avec la rage. Le vieux magicien leva les bras, un reflet courra devant lui. Le démon se jeta en avant, et se heurta contre le mur magique. Les hommes sortirent de leur cachettes. Le démon jaugea leur nombre : plus de soixante. Fut-il un bon guerrier, il croulerait sous le nombre. Le démon déploya ses ailes, fit un bond extraordinaire, et s'envola. En ce dixième jour de l'an un, un village humain avait déjà reconquis sa liberté. Mais, si une bataille était gagnée, même de façon aussi écrasante, la guerre n'était pas finie.
Prefel était dans le bois, à attendre que le démon se mette à bâiller. Il trouva sa situation tour à tour dangereuse, enviable, héroïque, ridicule, suicidaire. Finalement, le démon se mit à bâiller. Prefnel avait son arc tendu depuis déjà plus de vingt minutes, et des crampes le faisaient souffrir. Sa flèche siffla droit vers sa cible et toucha juste quand même, le tout dans un silence absolu. En une fraction de seconde, le démon sentit une douleur atroce surgir dans sa gorge, il vit un humain apparaître et constata de son incapacité à prévenir les autres, puis il mourut étouffé par son sang. L'opération débutait à la perfection. Prefnel entra dans le bungalow, et ce qu'il vit le laissa abasourdi, bien que tout le monde s'attendait à quelque chose du genre : il n'y avait rien dedans, sinon sur le mur du fond une espèce de vortex violacé. Prefnel, grâce à une pâte adhésive fournie par Fragg, disposa les charges explosives autour du vortex, puis alluma les mèches. Il avait une minute pour parcourir deux cent mètres, donc il ne se pressa pas, mais lorsqu'il sortit du bungalow, il aperçut le démon parti chercher eau et autres denrée à l'usage indéfini. Imprévu de taille, surtout que le démon l'avait vu, lui aussi. Il battit des ailes, et en quelques bonds il fut sur Prefnel. Le démon recouvrait Prefnel de sa masse, bloquant les bras et les jambes du jeune homme. Le démon utilisait ses ailes pour augmenter la pression qu'il faisait subir à sa victime, plus fort, toujours plus fort. Certes Prefnel n'avait jamais été une lumière, mais il savait se battre et il avait de bon réflexes. Il savait que se débattre ne servirait à rien, il avait bien compris que ses bras et jambes étaient hors course, ne lui restait que sa tête. Il la recula le plus possible, et lorsque le démon fut suffisamment près, il lui administra un formidable coup de tête, qui cueillit la créature au menton, la forçant à se redresser, libérant les bras du jeune homme. Jeune homme qui eut le réflexe prompt, il banda ses muscles, attrapa le démon à l'aisselle et tira un grand coup. La tête reptilienne vint heurter le sol avec violence. Après ça, le démon étant à moitié sonné, Prefnel put de se relever, attraper son arc et achever la créature. Tout ceci s'était déroulé en une cinquantaine de secondes, ce qui en laissait dix à notre héros pour prendre ses jambes à son cou. Il courut comme un dératé, et lorsque la bombe explosa, il était juste assez loin pour ne pas être atteint par les flammes. Soufflé par l'explosion, il se ramassa face contre terre. Hors de question de se prélasser, les trois autres démons, affectés aux tours de garde, allaient bientôt arriver, attirés par le bruit. Il devait fuir dans les bois, vite.
La suite s'était assez bien déroulé, Prefnel était resté caché dans les bois le temps que les trois démons aillent constater les dégâts, puis était revenu discrètement dans la ville. Il annonça au vieux Tordanno la réussite totale de l'excursion, conta sans exagérations sa victoire en combat singulier contre le démon, et la flèche qu'il avait tiré dans la gueule du démon bailleur. La nouvelle et les hauts faits furent accueillis par des applaudissements à tout rompre. Prefnel était, pour le moment du moins, un héros. Malheureusement, même si leur opération commando avait permis de se débarrasser de vingt-deux démons, dont deux définitivement, il restait trois redoutables adversaires. Trois redoutables adversaires qui allaient venir demander des comptes. Lorsque les trois démons entrèrent dans le village, la majeure partie des hommes étaient camouflés, arc au poing, prêts à payer leur liberté de leur vie. Ce fut Tordanno qui reçut les démons.
-"Quel alizé porte nos maîtres dans nos murs ?"
Un des démons se jeta sur lui, jetant son poing sur le vieil homme, qui vint le cueillir au creux de l'estomac. Le chef du trio (il était le seul à avoir une arme et une armure) prit la parole, avec une de ces voix démoniaques, qui rappellent le bruit du feu et le choc des lames.
-"Skrhischnizk, ne le tue pas. Écoute, fou humain, avant que nous ne ravagions ton misérable village. Notre campement ainsi que son portail ont été détruit, deux des nôtres sont mort et vingt autres sont condamnés. Je te laisse le choix, misérable. Livre-nous les coupables, ou vous mourrez tous !
-Je crois, démon, que que tu n'es plus en position de force, seul et désarmé.
-Que!?"
Les flèches volèrent, venant de toutes les directions, et si l'armure avait protégé le chef, ses deux acolytes étaient à présent morts, criblés de flèches, ajoutant une ressemblance au hérisson à leur morphologie indécise. Lorsque le chef du défunt trio porta la main au côté pour attraper sa lame, elle n'était plus là. Il posa sur le vieux sage humain un regard où l'incompréhension cohabitait avec la rage. Le vieux magicien leva les bras, un reflet courra devant lui. Le démon se jeta en avant, et se heurta contre le mur magique. Les hommes sortirent de leur cachettes. Le démon jaugea leur nombre : plus de soixante. Fut-il un bon guerrier, il croulerait sous le nombre. Le démon déploya ses ailes, fit un bond extraordinaire, et s'envola. En ce dixième jour de l'an un, un village humain avait déjà reconquis sa liberté. Mais, si une bataille était gagnée, même de façon aussi écrasante, la guerre n'était pas finie.
Chapitre II-Abandon
Le vieux Tordanno n'était pas surnommé "le sage" pour rien. Loin d'être dupe, il avait déjà compris que les démons se vengeraient, et qu'ils feraient de la révolte du village de Linio un exemple. Sous peu, les démons allaient affluer, par centaines, telle une marée ténébreuse qui renverserait le village, le réduisant à néant. Il convoqua ceux qui selon lui étaient assez fort, assez intelligent et assez libre pour accepter sa proposition. Le lendemain de la grande victoire, il tenait un conseil de guerre restreint, où étaient invitées quelques personnes. Francis, le forgeron du village, Sadgelenn Taryus (dit Sadgy), chasseur de métier et archer émérite, Wally Fortuno, apprenti du vieux sage Tordanno, Bruno Séraphin, ancien soldat, et Camille Chris, jeune orpheline roublarde, indisciplinée et légèrement amorale, mais fiable et pleine de ressource. Toutes les personnes présente étaient célibataires et sans famille.
-"Je vous ai convoqués, mes amis, pour vous demander de prendre une décision importante. Je vous estime tous dignes de confiance, aussi je peux vous révéler une lourde vérité. Comme vous vous en doutez, les démons vont revenir, par centaines, avec pour mission de détruire le village et massacrer ses habitants. Il n'y a aucun espoir de sauver le village, ni sa population. Faire fuir un village entier, même par les montagnes, ne peut réussir que dans les livres... Nous serions ralentis par les vieux et les enfants, et même des soldats normaux nous rattraperaient, leur entraînement leur permettant de progresser plus vite, et durant plus de temps chaque jour. Quelle que soit l'avance dont nous disposerions. Alors, des démons ailés, n'en parlons même pas."
Le vieux sage fit une pause. Camille prit alors la parole :
-"Si je comprends bien, vous nous demandez de fuir tous les cinq en abandonnant le village ?
-C'est ça ou mourir, lui asséna Bruno.
-Pourquoi nous cinq ? Demanda Francis
-Nous six. Je vous l'ai dit, je vous ai choisi parce que je sais que vous garderez cela pour vous. Si notre discussion s'ébruite, tout le village voudra soit nous lyncher, soit nous suivre. Rien ne vous retiens. Vous aurez bien sûr des regrets, mais vous -et vous seuls- êtes en mesure de parvenir dans un premier temps à survivre, et dans un deuxième temps à ne jamais baisser les bras.
-Baisser les bras devant quoi ? Ne me dites pas que vous entretenez la folle ambition de vaincre les démons !"
Sadgy avait ainsi résumé la pensée de tous. Ils étaient tous assaillis par les mêmes questions : fuir pour aller où ? Que faire après ? Et surtout, comment vivre dignement avec le remords d'avoir abandonné son peuple à une mort certaine ?
-"Non, je n'entretiens pas l'ambition de vaincre les démons. Mais j'entretiens une ambition, celle de réveiller les hommes endormis qui se laissent bercer par la domination de ces créatures infernales."
Un silence se fit. Chacun assimilait, à son rythme, les paroles du sage. Rester ne mènerait qu'à mourir, mais fuir ne donnerait pas forcément plus de chances de survie. Surtout, pourquoi participer à une quête en laquelle ils ne croyaient pas ? Ce fut Francis qui prit la parole le premier.
-"Je viens."
Francis s'approcha de Maximilien, et s'agenouilla devant lui. Le forgeron, haut de près de deux mètres, large comme un tonneau, offrait un spectacle étrange : Même à genoux, il continuait à camoufler le vieil homme, dont on ne distinguait que le sommet du crâne, à moitié caché par les cheveux noirs et courts du forgeron. Puis Camille fit le même geste, et lorsqu'elle fut agenouillée à coté de Francis, elle prit la parole.
-"Je viens aussi.
-Moi aussi, ajouta Wally
-Je crois que tout le monde vient !" Affirma Bruno
Sadgy regarda Bruno et lui dit
-"Tu pourrais me laisser le temps de le dire moi-même !"
Après un éclat de rire général, Maximilien sortit une bouteille de spiritueux d'une commode, ainsi qu'une série de petits verres. Il remplit tous les verres (avec un petit doute devant celui de Camille, elle n'avait que seize ans, mais son regard adulte se montra convainquant à sa place) et les discussions reprirent, chacun discutant de tout et de rien, de choses sans intérêt. Personne n'en parlait, personne n'en disait rien, mais tous, même Maximilien Tordanno, luttaient intérieurement contre leurs doutes, leurs peurs, leur excitation, aussi. Ils papotaient, mine de rien, et ils savaient qu'ils allaient devoir continuer à faire comme d'habitude, mine de rien, durant plusieurs jours. Mentir, tricher, préparer leurs bagages en douce, trouver des vivres sans éveiller les soupçons, en un mot trahir, oui, trahir leurs amis, pour que leur fuite soit couverte par l'ignorance des leurs. Rien ni personne ne devait permettre de les retrouver, ni même de découvrir qu'ils étaient partis. Le village était condamné, et c'était à eux de le venger. Et pour leur village, pour leurs amis, ils devaient les trahir. Ils avaient aussi en eux une part de rêve, d'espoirs, de fantasmes et de désirs vis-à-vis de ce départ. Seul Sadgelen était déjà sorti du village, mais ce n'était que pour la chasse, et s'il connaissait bien les environs immédiats, il ne savait rien des autres villages. Les seuls humains autres que ceux de Linio que les cinq compères eurent jamais vu étaient les marchands qui venaient, au printemps, avec leur caravanes. Maximilien, lui, avait beaucoup voyagé durant sa jeunesse, durant sa formation de magicien aussi. Tous en avaient conscience, tous avaient compris pourquoi il était nécessaire que Maximilien vienne avec eux. Il était vieux, mais il y avait un petit quelque chose chez lui qui fit que les autres ne pensèrent pas un instant qu'il pourrait les ralentir. C'est avec ces pensées qu'ils se séparèrent, le soir venu, pour retourner chacun chez soi.
Les jours qui suivirent furent à la fête pour tout le monde, sauf nos cinq héros. Ils firent de leur mieux pour paraître normaux, participèrent aux fêtes, rirent, mangèrent, burent, bref personne ne s'était rendu compte de quoi que ce soit. Maximilien avait décidé que le 15 serait la date de départ, ainsi fut fait. Et, trop vite au goût de tous, le quinze arriva. Leurs bagages étaient prêts, mais eux pas. Ils partirent tout de même, un peu avant l'aube. Grand bien leur fit : le jour même, les démons arrivèrent, et avant que qui que ce soit ne se soit rendu compte de leur départ, tout le monde était mort. Ils virent, depuis leur sentier dans les montagnes, leur village brûler, ils entendirent résonner les cris, les pleurs, les hurlements. Ils sentirent leurs coeurs se déchirer en abandonnant leur village agonisant, mais en même temps la rage montait en eux, une vague d'énergie nouvelle qui leur donnerait la force de se battre, d'avancer, de se souvenir que eux ne sont pas morts, que leurs amis, leur village, continuaient à vivre à travers eux, et qu'en cela ils n'avaient pas le droit de baisser les bras. Pour la mémoire des leurs, ils devaient avancer, et vaincre.
Encore leur fallait-il trouver quoi vaincre...
-"Je vous ai convoqués, mes amis, pour vous demander de prendre une décision importante. Je vous estime tous dignes de confiance, aussi je peux vous révéler une lourde vérité. Comme vous vous en doutez, les démons vont revenir, par centaines, avec pour mission de détruire le village et massacrer ses habitants. Il n'y a aucun espoir de sauver le village, ni sa population. Faire fuir un village entier, même par les montagnes, ne peut réussir que dans les livres... Nous serions ralentis par les vieux et les enfants, et même des soldats normaux nous rattraperaient, leur entraînement leur permettant de progresser plus vite, et durant plus de temps chaque jour. Quelle que soit l'avance dont nous disposerions. Alors, des démons ailés, n'en parlons même pas."
Le vieux sage fit une pause. Camille prit alors la parole :
-"Si je comprends bien, vous nous demandez de fuir tous les cinq en abandonnant le village ?
-C'est ça ou mourir, lui asséna Bruno.
-Pourquoi nous cinq ? Demanda Francis
-Nous six. Je vous l'ai dit, je vous ai choisi parce que je sais que vous garderez cela pour vous. Si notre discussion s'ébruite, tout le village voudra soit nous lyncher, soit nous suivre. Rien ne vous retiens. Vous aurez bien sûr des regrets, mais vous -et vous seuls- êtes en mesure de parvenir dans un premier temps à survivre, et dans un deuxième temps à ne jamais baisser les bras.
-Baisser les bras devant quoi ? Ne me dites pas que vous entretenez la folle ambition de vaincre les démons !"
Sadgy avait ainsi résumé la pensée de tous. Ils étaient tous assaillis par les mêmes questions : fuir pour aller où ? Que faire après ? Et surtout, comment vivre dignement avec le remords d'avoir abandonné son peuple à une mort certaine ?
-"Non, je n'entretiens pas l'ambition de vaincre les démons. Mais j'entretiens une ambition, celle de réveiller les hommes endormis qui se laissent bercer par la domination de ces créatures infernales."
Un silence se fit. Chacun assimilait, à son rythme, les paroles du sage. Rester ne mènerait qu'à mourir, mais fuir ne donnerait pas forcément plus de chances de survie. Surtout, pourquoi participer à une quête en laquelle ils ne croyaient pas ? Ce fut Francis qui prit la parole le premier.
-"Je viens."
Francis s'approcha de Maximilien, et s'agenouilla devant lui. Le forgeron, haut de près de deux mètres, large comme un tonneau, offrait un spectacle étrange : Même à genoux, il continuait à camoufler le vieil homme, dont on ne distinguait que le sommet du crâne, à moitié caché par les cheveux noirs et courts du forgeron. Puis Camille fit le même geste, et lorsqu'elle fut agenouillée à coté de Francis, elle prit la parole.
-"Je viens aussi.
-Moi aussi, ajouta Wally
-Je crois que tout le monde vient !" Affirma Bruno
Sadgy regarda Bruno et lui dit
-"Tu pourrais me laisser le temps de le dire moi-même !"
Après un éclat de rire général, Maximilien sortit une bouteille de spiritueux d'une commode, ainsi qu'une série de petits verres. Il remplit tous les verres (avec un petit doute devant celui de Camille, elle n'avait que seize ans, mais son regard adulte se montra convainquant à sa place) et les discussions reprirent, chacun discutant de tout et de rien, de choses sans intérêt. Personne n'en parlait, personne n'en disait rien, mais tous, même Maximilien Tordanno, luttaient intérieurement contre leurs doutes, leurs peurs, leur excitation, aussi. Ils papotaient, mine de rien, et ils savaient qu'ils allaient devoir continuer à faire comme d'habitude, mine de rien, durant plusieurs jours. Mentir, tricher, préparer leurs bagages en douce, trouver des vivres sans éveiller les soupçons, en un mot trahir, oui, trahir leurs amis, pour que leur fuite soit couverte par l'ignorance des leurs. Rien ni personne ne devait permettre de les retrouver, ni même de découvrir qu'ils étaient partis. Le village était condamné, et c'était à eux de le venger. Et pour leur village, pour leurs amis, ils devaient les trahir. Ils avaient aussi en eux une part de rêve, d'espoirs, de fantasmes et de désirs vis-à-vis de ce départ. Seul Sadgelen était déjà sorti du village, mais ce n'était que pour la chasse, et s'il connaissait bien les environs immédiats, il ne savait rien des autres villages. Les seuls humains autres que ceux de Linio que les cinq compères eurent jamais vu étaient les marchands qui venaient, au printemps, avec leur caravanes. Maximilien, lui, avait beaucoup voyagé durant sa jeunesse, durant sa formation de magicien aussi. Tous en avaient conscience, tous avaient compris pourquoi il était nécessaire que Maximilien vienne avec eux. Il était vieux, mais il y avait un petit quelque chose chez lui qui fit que les autres ne pensèrent pas un instant qu'il pourrait les ralentir. C'est avec ces pensées qu'ils se séparèrent, le soir venu, pour retourner chacun chez soi.
Les jours qui suivirent furent à la fête pour tout le monde, sauf nos cinq héros. Ils firent de leur mieux pour paraître normaux, participèrent aux fêtes, rirent, mangèrent, burent, bref personne ne s'était rendu compte de quoi que ce soit. Maximilien avait décidé que le 15 serait la date de départ, ainsi fut fait. Et, trop vite au goût de tous, le quinze arriva. Leurs bagages étaient prêts, mais eux pas. Ils partirent tout de même, un peu avant l'aube. Grand bien leur fit : le jour même, les démons arrivèrent, et avant que qui que ce soit ne se soit rendu compte de leur départ, tout le monde était mort. Ils virent, depuis leur sentier dans les montagnes, leur village brûler, ils entendirent résonner les cris, les pleurs, les hurlements. Ils sentirent leurs coeurs se déchirer en abandonnant leur village agonisant, mais en même temps la rage montait en eux, une vague d'énergie nouvelle qui leur donnerait la force de se battre, d'avancer, de se souvenir que eux ne sont pas morts, que leurs amis, leur village, continuaient à vivre à travers eux, et qu'en cela ils n'avaient pas le droit de baisser les bras. Pour la mémoire des leurs, ils devaient avancer, et vaincre.
Encore leur fallait-il trouver quoi vaincre...
Interlude I-Mesures Punitives
Revenons en arrière, jusqu'au jour de la révolte. Comme vous le savez, le démon prit alors la fuite. Il alla, le plus vite possible, à Histeria, où il demanda audience auprès du seigneur démon que les humains appellent Graäkh (son vrai nom n'étant pas prononçable, il a fallu lui en approximer un autre). Chez les démons comme chez les hommes, les rois sont très demandés, aussi il dut attendre deux jours pour obtenir son audience. C'est dont le 13 que notre démon raconta à son maître ce qui s'était passé, en "adaptant" certains passages pour préserver son honneur. Mais son honneur avait trop de valeur, car à cause de cela, le roi démon n'entendit pas parler du vieux magicien, et l'unité d'élite de deux cent cinquante démons qu'il envoya saccager Linio n'en entendit pas parler non plus. Résultat, lorsque, le 15, le village fut rasé, personne ne pensa à vérifier la population, donc personne ne se rendit compte de l'absence de nos héros. Bien sûr, ils avaient gardés quelques survivants, dans le but de les torturer sur la place publique des autres villages, mais ceux-ci n'étaient pas non plus au courant. Quand bien même ils l'auraient été, les démons se moquaient tellement d'eux que le résultat aurait été le même.
Mais si la fuite de Maximilien et son groupe était jusque là couverte, les démons se retrouvèrent sans souffre-douleur à qui faire endurer l'affront. Des mesures punitives ont donc été prises, et vingt-quatre villageois choisis au hasard furent exécutés sur la place publique, et ce dans chacun des villages de la région. Le message suivant fut placardé sur tous les murs de toutes les villes et tous les villages humains :
"Dorénavant, en cas de révolte, pour chaque démon tué, un humain sera mis à mort dans chaque cité du royaume"
Ce qui représentait plus de deux cents humains massacrés par démon vaincu. Cet arrêté était évidemment une idée de l'archdémon, Graäkh, et l'efficacité fut totale. Tout sentiment de rébellion avait disparu des coeurs des hommes, sentiment remplacé par un profond désespoir, noir et froid, qui engourdissait la volonté et transformait même les plus belliqueux en moutons obéissants. Oui, l'efficacité de cette décision avait été totale.
Mais si la fuite de Maximilien et son groupe était jusque là couverte, les démons se retrouvèrent sans souffre-douleur à qui faire endurer l'affront. Des mesures punitives ont donc été prises, et vingt-quatre villageois choisis au hasard furent exécutés sur la place publique, et ce dans chacun des villages de la région. Le message suivant fut placardé sur tous les murs de toutes les villes et tous les villages humains :
"Dorénavant, en cas de révolte, pour chaque démon tué, un humain sera mis à mort dans chaque cité du royaume"
Ce qui représentait plus de deux cents humains massacrés par démon vaincu. Cet arrêté était évidemment une idée de l'archdémon, Graäkh, et l'efficacité fut totale. Tout sentiment de rébellion avait disparu des coeurs des hommes, sentiment remplacé par un profond désespoir, noir et froid, qui engourdissait la volonté et transformait même les plus belliqueux en moutons obéissants. Oui, l'efficacité de cette décision avait été totale.
Chapitre III-Embuscade
Ils étaient là, tous les six, équipés par les bons soins de Francis qui avait pioché dans ses réserves. En tant que forgeron, il avait appris à coudre, ainsi qu'à tresser, pour pouvoir confectionner des armures de cuir ou de tissu. Ils avançaient en ligne, dans le silence le plus absolu. Maximilien Tordanno ouvrait la marche. De taille moyenne, vêtu d'une veste et d'un pantalon de tissus assez larges qui cachaient son début d'embonpoint, il portait une large cape qui flottait mollement dans le petit souffle de la forêt montagnarde. Ses longs cheveux d'un blanc presque argenté tombaient en cascade sur ses épaules, tandis que sa courte barbe, blanche aussi, taillée avec soin, renforçait l'impression de sagesse que donnait ses yeux, gris et profonds. Il s'appuyait sur un bâton de marche qui se terminait pas une griffe d'acier recourbée, qui lui donnait un air dangereux. Derrière lui se tenait Bruno Séraphin, le soldat, qui se déplaçait facilement, malgré sa taille démesurée, sa carrure imposante et sa lourde armure de plaques complète. Accrochée à ses épaulières rutilantes, sa cape rouge descendait mollement jusqu'au niveau de ses genouillères. Il portait un bouclier gothique au bras gauche, immense plaque d'acier finement ouvragée, une épée à deux mains dans le dos, sous sa cape, et un mortenzen attaché à la jambe droite. Il gardait son casque sur le crâne, tous sens en alerte, prêt à toute éventualité. Ensuite venait Camille Chris, dans un vêtement de cuir souple et léger, qui lui garantissait une liberté de mouvement totale. Elle avait son arc dans la main gauche, une flèche dans la main droite, un carquois dans le dos et une épée fine au coté. Ses long cheveux blonds étaient nattés, et se terminaient par une serre d'acier, caprice extravagant de la jeune femme. En quatrième, Wally Fortuno, drapé dans une longue robe de tissu, la tête recouverte par une capuche, il avait une baguette dans la main droite et une dague dans la main gauche qui dépassaient de son manteau, lui donnant une allure apeurante. Derrière lui se profilait Sadgelenn Taryus, long et maigre dans son habit de cuir qui lui donnait une apparence d'assassin professionnel, apparence renforcée par la longue balafre qui lui traversait le visage en diagonale. Son arc était accroché dans son dos, avec son carquois, il avait dans la main droite une pomme qu'il jetait nerveusement dans les airs pour la rattraper au vol. Francis fermait la marche. Certes moins impressionnant que Bruno, Francis était tout de même imposant. Il portait une armure de cuir épaisse, une rondache de bois attachée au bras gauche, et avait dans la main droite un maul qu'un homme normal aurait eu du mal à soulever, même à deux mains. Tous avaient des sacs à dos, mais le sien était de loin le plus gros et le plus lourd, il y transportait tout son nécessaire de forgeron, y compris son enclume, en plus de ses vivres et de ses autres affaires. Il n'était pourtant pas celui qui déployait le plus d'énergie pour se mouvoir.
La procession avançait ainsi, en ligne, Maximilien marquant un rythme tout à fait respectable. Partis à l'aube, ils marchèrent jusqu'à ce que le soleil ait dépassé le zénith. Il s'arrêtèrent alors à proximité d'une rivière pour une petite pause.
-"La terre ici est riche, et la forêt déborde de gibier. Nous ne toucherons pas à nos vivres avant plusieurs jours. Sadgy, vas nous chasser un peu de viande. Camille et Wally, venez avec moi, nous allons cueillir."
Sadgy disparut entre les arbres pendant que les deux jeunes gens emboîtèrent le pas du vieil homme. Les trois cueilleurs s'enfoncèrent quelques pas dans la forêt, puis Maximilien les arrêta :
-"Regardez cet arbre. Vous voyez quelque chose ?"
Les deux jeunes gens regardèrent. L'arbre semblait normal. Ce fut Wally qui remarqua le premier l'anomalie.
-"Ce n'est pas sa saison de floraison, et pourtant il est en fleurs !
-Exactement. Que penses-tu que cela signifie ?
-Quelque chose trouble sa croissance." répondit Camille.
-"Exactement. Regardez ses racines, maintenant."
Ils obéirent, et cette fois ce fut Camille qui remarqua la première.
-"Un parasite. Un champignon parasite, à la base de l'arbre, là !" Elle pointait du doigt une racine de l'arbre qui dépassait du sol, sur lequel un petit champignon, trapu, poussait avec peine.
-"Exactement. Ce champignon est appelé "fougue d'hiver", il se nourrit de son hôte lorsque celui ci dispose de suffisamment d'énergie, et si son hôte a besoin d'énergie, il la lui restitue. Les arbres ne sont pas très riches en énergie, aussi il pousse avec mal, mais en poussant sur un être vivant, il est nettement plus vigoureux." Maximilien cueillit le petit champignon rouge et le mit dans sa besace. "On peut l'utiliser à des fins curatives, mais aussi en empoisonnement. Même réduit en poudre, la fougue d'hiver peut repousser si on lui en donne l'occasion. En injectant de la poudre de fougue d'hiver dans un homme sain, on le tue : le champignon développe son rhizome dans les veines de son hôte, provoquant des accidents vasculaires qui entraînent une mort très douloureuse."
Les jeunes gens restèrent coi. Ils n'avaient jamais entendu parler de l'existence plantes comparables, et pourtant il en poussait là, dans la forêt montagnarde, suffisamment près pour que des chasseurs en trouvent. Pourtant, personne n'en avait jamais ramené au village. Tout bien considéré, l'arbre était assez voyant, seul en fleur dans un bosquet d'arbres pourtant tous de la même espèce.
-"Cette plante semble redoutable" commença Camille "mais nous ne sommes pas venus pour une seule plante n'est-ce pas ?
-Pas du tout en effet. Suivez-moi, je vais vous en montrer d'autres..."
Et il leur apprit quelques bases de botanique, comment différencier, en règle générale, les plantes comestibles des poisons, il leur montra plusieurs plantes très répandues, certaines aux vertus médicinales, d'autres empoisonnées, certaines étaient même magique par essence. Lorsque le petit groupe revint au campement, Sadgy était déjà de retour, avec une demi-douzaine de lapins. Camille était outrée.
-"Quel gâchis, nous ne mangerons pas tout ça !
-Du calme, gamine." lui répondit le chasseur "Cette zone est vraiment très riche en gibier, nous pouvons augmenter nos réserves de vivre assez facilement. Séchée, la viande se conserve très bien.
-Pauvres bêtes..."
Maximilien prit alors la parole :
-"Camille ma petite, tu as déjà mangé plus d'animaux que nous n'en chasserons durant des mois, voir des années... Ne t'apitoies pas sur le sort d'un animal. C'est le destin des herbivores de nourrir leurs prédateurs, et le plus grand prédateur sur terre est l'homme.
-Plus maintenant..." murmura Sadgy "Les démons nous ont détrônés."
Ils mangèrent, puis repartirent. Ils suivaient Maximilien sans poser de questions, mais tous se demandaient où il les menait. Il semblait connaître sa route, avançait sans hésitation, comme s'il suivait une route parfaitement visible. Ils progressèrent dans la forêt durant plusieurs jours, profitant des pauses pour s'entraîner, ou apprendre de nouvelles choses. L'après-midi de leur troisième jour de voyage, le 17, fut particulièrement froid. L'automne commençait à peine, mais la température chutait très vite.[/quote]
Les jours passèrent, la moindre pause étant mise à profit. Entraînement à l'épée, à l'arc, à la lute, enseignements divers et variés, entraînement aucombat, toutes sortes de choses étaient échangées, des techniques aux recettes. Quelques jours plus tard, ils firent une halte en haut d'une falaise, Maximilien fit un large geste du bras, montrant ainsi la valée en contrebas, et dit :
-"Voici notre première escale : le village de Driven !"
Puis, il cria.
-"Tous aux armes !"
Chacun se mit en position de combat. Une minute passa. Puis deux. Puis trois, quatre, cinq. Enfin, un démon surgit de la forêt. Puis un deuxième. Le premier dit au second :
-"A nous la prime !"
Francis, sans réflechir, lança son sac (qui je le rappelle contient une enclume !) à la tête du démon, qui mouut sur le coup. Pris de panique, le second resta figé un instant, puis se jeta sur Camille, dont l'apparence faisait une cible idéale. Les crocs du monstres se plantèrent profondément dans la chair de la jeune fille, à l'avant-bras gauche, et le démon tira. La secousse fut telle que le bras de Camille manqua de peu de se faire arracher. Francis brandit son maul, épaulé par Bruno qui avait tiré son épée, et couvert par Sadgelenn dont l'arc était bandé, puis se jeta sur le démon. Le maul descendit, et ne rencontra que le sol, s'y enfonçant de plus de vingt centimètres. Le démon l'avait esquivé. Bruno contourna Francis par la gauche et fondit sur le démon, qui l'expédia au sol d'un coup de pied dans le ventre. Sadgy lâcha sa flèche, mais le démon était trop rapide : il touna la tête, entraînant Camille, et se servit d'elle comme d'un bouclier. Elle reçut la flèche dans l'épaule droite. Camille sentait son sang s'échapper de partout, elle sentait la pression exercée par la mâchoire démoniaque monter, monter encore. Soudain, elle cria. Soudain, elle ne fut plus là.
La mâchoire du démon claqua dans le vide. Derrière lui, Camille se matérialisa. Un couteau se planta dans le dos de l'infortunée bestiole. Camille disparut à nouveau, l'air devint flou autour du démon, et les dagues de Camille apparurent une à une dans le corps de la créature. La jambe, le torse, la tête... Le démon tomba, raide mort, et Camille se rematérialisa devant lui.
-"Ainsi, c'était là son pouvoir..." souffla Maximilien.
Ils étaient tous soufflés. Que pouvait-il bien s'être passé ? Sadgy rompit le silence.
-"Maître Tordanno, quelque chose me dit que vous pouvez nous expliquer ce prodige...
-Je le peux." Maximilien inspira "Certaines humains, de plus en plus avec le temps qui passent, naissent avec un pouvoir latent, que seule une situation extrême ET la présence d'un "éveillé" peuvent faire ressurgir.
-Quel est votre pouvoir, maître ?" demanda Wally
-"J'ai le don de prescience et de connaissance. Je peux différencier les gens qui ont un pouvoir latent. Mon pouvoir s'est eveillé alors que j'avais quinze ans... Il y a maintenant près de trois cent ans. Le pouvoir, une fois éveillé, influence beaucoup la longévité. Parfois, le pouvoir emêche le vieillissement, parfois il l'accélère, parfois il ne change rien.
-Avons nous des dons ?
-Oui, Wally. C'est une des raisons qui m'ont faites vous choisir. D'autres au village en avaient... Dans ma jeunesse, pas une personne sur mille avait un pouvoir, maintenant plus d'une personne sur dix en a un. Mais ce n'est pas, loin de là, la seule raison... Je vous ai choisis pour ce que vous êtes.
-Quels sont nos dons ?
-Je ne sais pas. Je sais que vous en avez, et je sais que ça peut être n'importe quoi, en partant de provoquer la mort, jusqu'à... Faire pousser les plantes. Trêves de bavardages, Camille va bientôt tomber dans les pommes si on ne la soigne pas ! Wally, aide moi."
Ils soignèrent Camille. Comme tous les "élus", sa cicatrisation était très rapide. Après deux jours de repos dans la montagne, il ne restait plus qu'un vague cicatrice. Maximilien avait mis ce temps à profit pour expliquer certaines choses à ses compagnons d'infortune, au sujet de son pouvoir, et de ceux des autres. Le pouvoir, même latent, a une forte influence sur la personnalité. Beaucoup se sont questionnés sur l'origine, les raisons du pouvoirs. On dit que l'humanité entre dans un stade supérieur, qui lui permettrait de dépasser les limites de la vie elle-même... Mais, on raconte tant de choses, après tout. Pour l'instant, le plus important n'était pas de trouver le pourquoi, ou le comment, la question était de survivre.
Le 25, au matin, ils prirent la direction du hameau répondant au nom de Driven.
La procession avançait ainsi, en ligne, Maximilien marquant un rythme tout à fait respectable. Partis à l'aube, ils marchèrent jusqu'à ce que le soleil ait dépassé le zénith. Il s'arrêtèrent alors à proximité d'une rivière pour une petite pause.
-"La terre ici est riche, et la forêt déborde de gibier. Nous ne toucherons pas à nos vivres avant plusieurs jours. Sadgy, vas nous chasser un peu de viande. Camille et Wally, venez avec moi, nous allons cueillir."
Sadgy disparut entre les arbres pendant que les deux jeunes gens emboîtèrent le pas du vieil homme. Les trois cueilleurs s'enfoncèrent quelques pas dans la forêt, puis Maximilien les arrêta :
-"Regardez cet arbre. Vous voyez quelque chose ?"
Les deux jeunes gens regardèrent. L'arbre semblait normal. Ce fut Wally qui remarqua le premier l'anomalie.
-"Ce n'est pas sa saison de floraison, et pourtant il est en fleurs !
-Exactement. Que penses-tu que cela signifie ?
-Quelque chose trouble sa croissance." répondit Camille.
-"Exactement. Regardez ses racines, maintenant."
Ils obéirent, et cette fois ce fut Camille qui remarqua la première.
-"Un parasite. Un champignon parasite, à la base de l'arbre, là !" Elle pointait du doigt une racine de l'arbre qui dépassait du sol, sur lequel un petit champignon, trapu, poussait avec peine.
-"Exactement. Ce champignon est appelé "fougue d'hiver", il se nourrit de son hôte lorsque celui ci dispose de suffisamment d'énergie, et si son hôte a besoin d'énergie, il la lui restitue. Les arbres ne sont pas très riches en énergie, aussi il pousse avec mal, mais en poussant sur un être vivant, il est nettement plus vigoureux." Maximilien cueillit le petit champignon rouge et le mit dans sa besace. "On peut l'utiliser à des fins curatives, mais aussi en empoisonnement. Même réduit en poudre, la fougue d'hiver peut repousser si on lui en donne l'occasion. En injectant de la poudre de fougue d'hiver dans un homme sain, on le tue : le champignon développe son rhizome dans les veines de son hôte, provoquant des accidents vasculaires qui entraînent une mort très douloureuse."
Les jeunes gens restèrent coi. Ils n'avaient jamais entendu parler de l'existence plantes comparables, et pourtant il en poussait là, dans la forêt montagnarde, suffisamment près pour que des chasseurs en trouvent. Pourtant, personne n'en avait jamais ramené au village. Tout bien considéré, l'arbre était assez voyant, seul en fleur dans un bosquet d'arbres pourtant tous de la même espèce.
-"Cette plante semble redoutable" commença Camille "mais nous ne sommes pas venus pour une seule plante n'est-ce pas ?
-Pas du tout en effet. Suivez-moi, je vais vous en montrer d'autres..."
Et il leur apprit quelques bases de botanique, comment différencier, en règle générale, les plantes comestibles des poisons, il leur montra plusieurs plantes très répandues, certaines aux vertus médicinales, d'autres empoisonnées, certaines étaient même magique par essence. Lorsque le petit groupe revint au campement, Sadgy était déjà de retour, avec une demi-douzaine de lapins. Camille était outrée.
-"Quel gâchis, nous ne mangerons pas tout ça !
-Du calme, gamine." lui répondit le chasseur "Cette zone est vraiment très riche en gibier, nous pouvons augmenter nos réserves de vivre assez facilement. Séchée, la viande se conserve très bien.
-Pauvres bêtes..."
Maximilien prit alors la parole :
-"Camille ma petite, tu as déjà mangé plus d'animaux que nous n'en chasserons durant des mois, voir des années... Ne t'apitoies pas sur le sort d'un animal. C'est le destin des herbivores de nourrir leurs prédateurs, et le plus grand prédateur sur terre est l'homme.
-Plus maintenant..." murmura Sadgy "Les démons nous ont détrônés."
Ils mangèrent, puis repartirent. Ils suivaient Maximilien sans poser de questions, mais tous se demandaient où il les menait. Il semblait connaître sa route, avançait sans hésitation, comme s'il suivait une route parfaitement visible. Ils progressèrent dans la forêt durant plusieurs jours, profitant des pauses pour s'entraîner, ou apprendre de nouvelles choses. L'après-midi de leur troisième jour de voyage, le 17, fut particulièrement froid. L'automne commençait à peine, mais la température chutait très vite.[/quote]
Les jours passèrent, la moindre pause étant mise à profit. Entraînement à l'épée, à l'arc, à la lute, enseignements divers et variés, entraînement aucombat, toutes sortes de choses étaient échangées, des techniques aux recettes. Quelques jours plus tard, ils firent une halte en haut d'une falaise, Maximilien fit un large geste du bras, montrant ainsi la valée en contrebas, et dit :
-"Voici notre première escale : le village de Driven !"
Puis, il cria.
-"Tous aux armes !"
Chacun se mit en position de combat. Une minute passa. Puis deux. Puis trois, quatre, cinq. Enfin, un démon surgit de la forêt. Puis un deuxième. Le premier dit au second :
-"A nous la prime !"
Francis, sans réflechir, lança son sac (qui je le rappelle contient une enclume !) à la tête du démon, qui mouut sur le coup. Pris de panique, le second resta figé un instant, puis se jeta sur Camille, dont l'apparence faisait une cible idéale. Les crocs du monstres se plantèrent profondément dans la chair de la jeune fille, à l'avant-bras gauche, et le démon tira. La secousse fut telle que le bras de Camille manqua de peu de se faire arracher. Francis brandit son maul, épaulé par Bruno qui avait tiré son épée, et couvert par Sadgelenn dont l'arc était bandé, puis se jeta sur le démon. Le maul descendit, et ne rencontra que le sol, s'y enfonçant de plus de vingt centimètres. Le démon l'avait esquivé. Bruno contourna Francis par la gauche et fondit sur le démon, qui l'expédia au sol d'un coup de pied dans le ventre. Sadgy lâcha sa flèche, mais le démon était trop rapide : il touna la tête, entraînant Camille, et se servit d'elle comme d'un bouclier. Elle reçut la flèche dans l'épaule droite. Camille sentait son sang s'échapper de partout, elle sentait la pression exercée par la mâchoire démoniaque monter, monter encore. Soudain, elle cria. Soudain, elle ne fut plus là.
La mâchoire du démon claqua dans le vide. Derrière lui, Camille se matérialisa. Un couteau se planta dans le dos de l'infortunée bestiole. Camille disparut à nouveau, l'air devint flou autour du démon, et les dagues de Camille apparurent une à une dans le corps de la créature. La jambe, le torse, la tête... Le démon tomba, raide mort, et Camille se rematérialisa devant lui.
-"Ainsi, c'était là son pouvoir..." souffla Maximilien.
Ils étaient tous soufflés. Que pouvait-il bien s'être passé ? Sadgy rompit le silence.
-"Maître Tordanno, quelque chose me dit que vous pouvez nous expliquer ce prodige...
-Je le peux." Maximilien inspira "Certaines humains, de plus en plus avec le temps qui passent, naissent avec un pouvoir latent, que seule une situation extrême ET la présence d'un "éveillé" peuvent faire ressurgir.
-Quel est votre pouvoir, maître ?" demanda Wally
-"J'ai le don de prescience et de connaissance. Je peux différencier les gens qui ont un pouvoir latent. Mon pouvoir s'est eveillé alors que j'avais quinze ans... Il y a maintenant près de trois cent ans. Le pouvoir, une fois éveillé, influence beaucoup la longévité. Parfois, le pouvoir emêche le vieillissement, parfois il l'accélère, parfois il ne change rien.
-Avons nous des dons ?
-Oui, Wally. C'est une des raisons qui m'ont faites vous choisir. D'autres au village en avaient... Dans ma jeunesse, pas une personne sur mille avait un pouvoir, maintenant plus d'une personne sur dix en a un. Mais ce n'est pas, loin de là, la seule raison... Je vous ai choisis pour ce que vous êtes.
-Quels sont nos dons ?
-Je ne sais pas. Je sais que vous en avez, et je sais que ça peut être n'importe quoi, en partant de provoquer la mort, jusqu'à... Faire pousser les plantes. Trêves de bavardages, Camille va bientôt tomber dans les pommes si on ne la soigne pas ! Wally, aide moi."
Ils soignèrent Camille. Comme tous les "élus", sa cicatrisation était très rapide. Après deux jours de repos dans la montagne, il ne restait plus qu'un vague cicatrice. Maximilien avait mis ce temps à profit pour expliquer certaines choses à ses compagnons d'infortune, au sujet de son pouvoir, et de ceux des autres. Le pouvoir, même latent, a une forte influence sur la personnalité. Beaucoup se sont questionnés sur l'origine, les raisons du pouvoirs. On dit que l'humanité entre dans un stade supérieur, qui lui permettrait de dépasser les limites de la vie elle-même... Mais, on raconte tant de choses, après tout. Pour l'instant, le plus important n'était pas de trouver le pourquoi, ou le comment, la question était de survivre.
Le 25, au matin, ils prirent la direction du hameau répondant au nom de Driven.
Chapitre IV-Driven /partie un\
En ce vingt-cinq Janvier de l'an Un du calendrier de Graäkh, le petit groupe d'aventuriers, mené par Maximilien Tordanno, prenait la route, à l'aube, vers sa toute première escale, le hameau de Driven. Petit village montagnard, presque aussi reculé que Linio, Driven devait son récent développement à la découverte d'acier dans les montagnes proches du village. Depuis l'arrivée des démons, et le confinement qui est venu avec, les mines sont fermées, et le village s'appauvrit. Le versant de la montagne, trop abrupt, forçant nos héros à faire toujours plus de détours, ou à rebrousser chemin, causa une forte perte de temps, et c'est ainsi que notre groupe ne parvint finalement au village que peu avant midi.
L'entrée se fit sans grand heurt. Les démons, peu soucieux de faibles humains, laissaient beaucoup de libertés aux villageois et aux visiteurs. Certains villageois, d'ailleurs, continuaient en secret à extraire du fer de la mine voisine. Une fois rendus à l'intérieur du village, les six hommes partirent à la recherche d'une auberge, qu'ils trouvèrent finalement sous une enseigne dénuée d'inscription, représentant une épée plantée dans un lit défait. Maximilien demanda des chambres au propriétaire, puis retourna auprès de ses compères avec les clefs.
-"J'ai pris trois chambre, nous dormirons par deux. Wally, tu iras avec Francis dans la chambre quatre, voici votre clef. Toi, Bruno, tu dormiras avec Sadgy, dans la chambre numéro sept, ne perdez pas votre clef. Camille, nous partagerons la seule chambre où il y a deux lits, la numéro deux."
Wally regarda Francis.
-"Ce sont des lits à une ou deux places ?
-Deux places, mais vous serrez quand même serrés. Bien, sur ce, je propose que nous nous séparions. Nous ne risquons pas grand-chose dans l'enceinte du village, mais ne faites pas de grabuge, et évitez de vous faire remarquer. Si on vous interroge, nous sommes un groupe de troubadours, bardes, où donnez-y le nom que vous voudrez. Bruno et Sadgy sont nos gardes du corps. Nous nous retrouvons tous ici dans une heure dernier délai, compris ?"
Personne ne pipa mot, et le groupe se dispersa. Francis se renseigna au sujet de la mine, afin de se procurer du métal de bonne qualité. Sadgy, lui, fit un petit tour à l'extérieur du village afin de repérer la position des démons. Bruno trouve une taverne, où son talent de gros buveur et sa descente de trou sans fond lui permirent de se faire quelques amis, et d'apprendre beaucoup sur l'état général du village. Maximilien partit à la bibliothèque de Driven, à la recherche de renseignements sur les "pouvoirs" des humains en général, pour mieux comprendre ceux de ses compagnons en particulier. Wally et Camille se retrouvèrent seuls à l'auberge, et décidèrent de se promener ensemble dans les rues du hameau, discutant de tout et de rien. Largement plus jeune que la moyenne au sein de leur groupe, complètement inexpérimentés en matière de voyages, Wally et Camille se sentaient déracinés, perdus dans un monde hostile. Ils passèrent trois quart d'heure à discuter, d'abord du vieux Tordanno et des enseignements qu'ils leur procurait. Camille s'étonna de constater que Wally avait une confiance absolue en Maximilien, tandis que Wally, lui, fut déçu de constater que Camille, comme la majorité des gens, ne savait pas lire. Malgré leurs nombreuses différences, ils se trouvèrent beaucoup de points communs. Finalement, au bout de cinquante minutes de discussion sans but, c'est Wally qui aborda le sujet des pouvoirs.
-"Maître Tordanno a dit que nous avions tous un pouvoir, mais je me demande en quoi peut bien consister le mien. Je n'ai jamais ressenti quoi que ce soit, moi... Dis-moi, ça fait comment ?
-Quoi donc ?
-Quand tu te déplace sans bouger...
-Oh..."
Camille regarda son bras gauche, cherchant du regard une quelconque cicatrice laissée par les mâchoires du démon, en vain, elle avait régénéré d'une manière spectaculaire. Visiblement, cette idée la troublait. Elle se mit à rougir.
-"Ça chatouille quand je le fais. Mais je n'aime pas le faire.
-Pourquoi ? C'est pourtant formidable comme pouvoir... Tu peux échapper à tout, tu pourrais être où tu veux, en un rien de temps...
-Oui, mais... Je me sentais déjà assez différente, avant.Je suis comme toi, je n'ai jamais connu mes parents... Tu sais à quel point c'est dur de regarder les autres enfants courir dans les bras de leur mère lorsque vient l'heure du goûter, tandis que tu ne peux que ruminer ta faim. Toi, encore, tu as été recueilli par Maximilien, mais moi... Bref, ce sentiment de différence... C'est le même. Regarde mon bras... J'ai l'impression de ne même plus être humaine...
-Tu sais Camille, j'ai pas connu beaucoup de monde, mais je peux t'assurer que tu es bien humaine.
-Merci...
-C'est un peu bizarre comme compliment !
-J'avoue...
Lorsque, quelques minutes plus tard, ils parvinrent à l'auberge, ils riaient encore. Ils virent Maximilien assis à une table, et le rejoignirent. Personne n'étant revenu en retard, la réunion commença dès leur retour, et chacun raconta, tour à tour, ce qu'il avait appris.
-"Je suis sorti de Driven, et ce sans mal. Les démons sont toujours aussi confiants. J'ai marché une vingtaine de minutes dans la forêt, j'ai croisé plusieurs petits groupes humains. Des jeunes couples du village, principalement, mais aussi quelques groupes de personnes ayant préféré fuir dans les bois qu'endurer la tutelle démoniaque. J'ai un peu discuté avec eux, ils ont pour la plupart coupé toute communication avec les villages, et ils organisent des plans de guérilla, comme nous l'avons fait. Ils m'ont confié certains de leur plans, ils sont minables. Mais ces gens-là sont prêts à jouer leur vie pour la liberté, ils pourraient devenir des alliés de poids si nous venions à les enrôler.
-Jouer sa vie est une chose. Jouer celle des autres, en revanche..." Maximilien avait le regard sombre. Depuis son retour, il n'avait pas daigné desserrer les lèvres. Il y avait un problème grave, visiblement. Un silence s'installa, puis Camille le rompit;
-"Jouer la vie des autres ? Je ne comprends pas...
-En allant à la bibliothèque, je suis passé par la grand-place. Sur le panneau d'affichage du village, une lettre avait été placardée, visiblement pas écrite par des humains... Elle disait : Dorénavant, en cas de révolte, pour chaque démon tué, un humain sera mis à mort dans chaque cité du royaume.
-Il faut prévenir les fuyards des bois avant qu'ils n'entreprennent quoi que ce soit !
-Trop tard, Sadgelenn ! Je suis passé par une taverne. J'y ai croisé un ivrogne, il était dans un état lamentable. Vous medirez, normal pour un ivrogne... Mais c'est un cas particulier. Vingt-quatre personnes ont été mises à mort, à la suite de la rebellion d'un village. ces personnes ont été choisies au hasard, on y comptait des femmes, des vieillards, des enfants. Il y comptait sa femme, et ses deux fils, exécutés à cause de la révolte d'un village. A cause de notre révolte." Bruno se tut. Wally, sous le choc, avait les yeux grand ouverts, la bouche tordu dans un rictus d'horreur. Sadgy, l'air sombre, avait fermé les yeux. Francis, lui, avait les yeux perdus dans le vague. Maximilien semblait avoir vieilli d'un coup sec. Soudain, Camille se mit à pleurer, tout en gémissant, elle demanda :
-"Maximilien, dites moi, combien y a-t-il de villages en Ganesh ?
-Beaucoup. Plusieurs centaines...
-Alors... En tuant ce démon, dans la forêt, j'ai tué... Des centaines de gens... J'ai... J'aurais du m.. M... Mourir !"
Personne ne répondit. Chacun, en son for intérieur, pensait à peu près la même chose. En tuant un ennemi, ils tuaient des centaines d'hommes, de femmes, en tuant des monstres ignobles, ils tuaient par erreur des centaines de mère, des centaines d'innocents.
-"Et alors ?" Sadgy, lui, semblait se désintéresser de la question. "Qu'est-ce que ça change... A quoi bon vivre,dans le fond, si nous nesommes que les jouets des démons ? Ce qui me surprend, c'est qu'il n'y ait eu que nous pour nous rebeller. L'humanité est le plus grand ramassis de couards jamais composé ! Que cette leçon réveille au moins les gens."
Il fut coupé dans sa diatribe par le poing de Francis qui s'abattit sur lui.
-"Salaud ! T'as pas honte !? Tu parles de gens comme nous !
-Non, justement. Je parles de prisonniers. Je parle d'hommes enchaînés, dominés par les démons. Regarde ce village ! Les vivres sont rationnées, chacun est cloitré chez soi dès le coucher du soleil, personne ne le montre, mais tout le monde vit dans la peur. Les couples que j'ai vu aujourd'hui s'étaient isolés pour qu'on ne les entende pas pleurer. Tous, sans exceptions, se séparent, de peur de ne pas pouvoir se relever si l'un ou l'autre venait à mourir sous le joug des monstres. Regardez, cette humanité, qui rampe dans la fange ! Qu'y a-t-il à en tirer ? Je préfèrerait mourir mille fois que de survivre comme il le font, et endurer l'horreur qu'ils subissent ! Les exécutions sont au moins faites sans douleur ! En tuant un démon, on rend deux services à la fois !"
Cette dernière phrase resta en suspens, résonnant aux oreilles de chacun, durant un temps de silence qui parut long, très long, à nos aventuriers. Certes, Sadgy exagérait, mais dans le fond, il n'avait pas vraiment tort. Quelle valeur donner à une vie sans lumière ? C'est finalement, comme souvent, Maximilien qui coupa le silence.
-"Nous sommes en guerre, et chaque village que nous sauverons sera un espoir de voir l'humanité renaître.
-Que voulez-vous dire ?" demanda Wally "Vous semblez considérer l'humanité comme déjà perdue...
-Elle l'est, Wally, elle l'est. La prophétie est en réalité plus complexe que la version que chacun connaît. Chacun l'a comprise à sa façon, mais il est un point sur lequel tout le monde est d'accord : selon la prophétie, l'humanité va disparaître totalement, à l'exception de sept élus. Ce sont eux qui vaincront les démons, ce sont eux qui renverseront Graäkh, et ce sont eux qui rebâtiront l'empire des hommes.
-Bonjour la consanguinité, je donne pas plus de dix génération avant une extinction complète de l'espèce !
-Sadgy, quand cesseras-tu d'être à ce point acerbe ? La prophétie contient beaucoup de messages codés. Certains sous-entendent la survie de l'homme "primitif", on pense que beaucoup d'hommes survivront dans la nature, comme des animaux, puis qu'ils seront recivilisés. D'autres pensent que ces survivants sont considérés comme primitifs parce qu'ils se seraient alliés aux démons pour survivre. Bref, chacun a sa petite hypothèse, certaines sont plus plausibles que d'autres. Je pense, personnellement, que effectivement les sept élus ne seront pas les survivants exclusifs au carnage qui détruira l'humanité, mais je suis absolument persuadé que durant leur quête, ce sera tout comme."
Un autre silence se fit. Une fois encore, le groupe devait assimiler de nouvelles révélations, et très vite les pensées divergèrent. Sadgy se demandait combien encore de surprise le vieux Tordanno leur réservait. Francis se demandait s'il ferait partie des survivants, Bruno se sentait fier d'être parmi les élus, Maximilien se demandait ce qui pouvait bien les attendre sur la suite de leur parcours, Wally se demandait quel pouvait bien être son pouvoir. Camille, elle, voyait son esprit accaparé par une idée largement différente de celles de ses camarades. En effet, elle était la seule femme du groupe. Son regard se tourna vers le vieux maître, et elle se demanda, suis-je destinée à servir de mère pour la renaissance de l'humanité ? Elle n'avait jamais eu le temps, durant sa jeunesse, de se poser ce genre de question. Orpheline, abandonnée, elle avait toujours eu à se battre pour pouvoir manger, et pour ne pas être chassée du village elle devait aussi être discrète. Elle était restée sur ses gardes chaque seconde de sa vie, craignant d'être accusée, lapidée, mise à mort. Dans le fond, l'idée d'avoir des enfants lui plaisait, elle se demandait juste comment les faire... Wally rompit le fil de ses pensées en brisant le silence qui régnait à la table.
-"Maître Tordanno... Nous ne sommes que six !"
Soudain, une idée nouvelle apparut dans l'esprit de chacun : le groupe n'est pas terminé. Au moins une personne est déstinée à les rejoindre... Et n'importe qui peut disparaître, à tout moment.
-"Non, en effet.
-Avez-vous la moindre idée de qui pourrait être la septième personne ? Votre pouvoir doit vous permettre de le savoir, non ?
-Et bien, mon pouvoir ne me permet pas la connaissance au sens où je sais sans apprendre. Mon pouvoir me donne une mémoire absolue, j'ai souvenir de chaque seconde, chaque image, chaque pensée, chaque odeur, chaque son. Mon don me permet de ressentir l'avenir très proche. Depuis que mon pouvoir s'est éveillé, je n'ai jamais cessé de m'entraîner, mais je n'ai jamais été capable de prévoir quoi que ce soit présicément au delà de la pluie et du beau temps ! Par contre, ce pouvoir me permet de confirmer ou d'infirmer mes analyses. Lorsque nous avions mis notre plan de révolte en place, je sentais une grande victoire approcher. Cette victoire, nous l'avons eue... Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai commencé à sentir le drame nous tomber dessus.
-Peut-être que le septième est lui aussi originaire de notre village...
-Qu'as-tu dis, Bruno ? Notre village a été entièrement rasée !
-J'explique. Aujourd'hui, à la taverne, j'ai entendu dire que des prisonniers du village de révoltés allaient être mis à mort sur la place publique."
Finalement, le groupe resta en campement dans le village plus longtemps que prévu. Deux jours étaient passés depuis la fameuse discussion. L'ambiance était restée très lourde, tout ce temps, et lorsque vint le moment de se rendre sur la place, tous étaient tendus.
Dans ce village entièrement de bois, aux routes de terre battue, la place semblait hors propos. Le centre de la place était une immense plaque de granit rose, parfaitement circulaire, autour de laquelle avaient été ordonnée une ribambelle de stèles de pierre, formant une mosaïque complexe et envoûtante. Lorsque les pionniers étaient parvenus dans cette région, ils avaient en fait découvert cette oeuvre au beau milieu d'une forêt, et avaient décidé de bâtir la cité autour. Habituellement encerclée par les étals du marché, la place en ce jour ne supportait qu'une maigre construction, une estrade, posée au centre de la grande dalle. Sur cette estrade, deux démons tenaient un homme, grand, blond, assez beau garçon, dont le regard bleu brillait de larmes. Prefnel.
Lorsque les deux démons commencèrent à le frapper, un frisson parcourut l'assistance. Satisfaits par leurs effets, les démons redoublèrent de violence. Deux heures plus tard, Prefnel avait subi les coups, les brûlures, l'écorchement, ses mains et ses bras avaient été broyés dans des presses. Malgré le sang qui ruisselait, malgré la douleur, il ne s'était à aucun moment évanoui, et était toujours vivant. Ses hurlements laissant place à des gémissement de douleur, les démons l'enchaînèrent à l'estrade, puis amenèrent trois autres villageois. Tous étaient originaires de Linio. Ils furent décapités, et leurs têtes furent plantées sur des pals, prévus à cet effet, montés avec l'estrade. Ils descendirent de l'estrade, y laissant les cadavres et Prefnel agonisant, puis partirent en direction de leur campement, hors du village. Obéissants, les villageois s'écartèrent pour les laisser passer.
L'entrée se fit sans grand heurt. Les démons, peu soucieux de faibles humains, laissaient beaucoup de libertés aux villageois et aux visiteurs. Certains villageois, d'ailleurs, continuaient en secret à extraire du fer de la mine voisine. Une fois rendus à l'intérieur du village, les six hommes partirent à la recherche d'une auberge, qu'ils trouvèrent finalement sous une enseigne dénuée d'inscription, représentant une épée plantée dans un lit défait. Maximilien demanda des chambres au propriétaire, puis retourna auprès de ses compères avec les clefs.
-"J'ai pris trois chambre, nous dormirons par deux. Wally, tu iras avec Francis dans la chambre quatre, voici votre clef. Toi, Bruno, tu dormiras avec Sadgy, dans la chambre numéro sept, ne perdez pas votre clef. Camille, nous partagerons la seule chambre où il y a deux lits, la numéro deux."
Wally regarda Francis.
-"Ce sont des lits à une ou deux places ?
-Deux places, mais vous serrez quand même serrés. Bien, sur ce, je propose que nous nous séparions. Nous ne risquons pas grand-chose dans l'enceinte du village, mais ne faites pas de grabuge, et évitez de vous faire remarquer. Si on vous interroge, nous sommes un groupe de troubadours, bardes, où donnez-y le nom que vous voudrez. Bruno et Sadgy sont nos gardes du corps. Nous nous retrouvons tous ici dans une heure dernier délai, compris ?"
Personne ne pipa mot, et le groupe se dispersa. Francis se renseigna au sujet de la mine, afin de se procurer du métal de bonne qualité. Sadgy, lui, fit un petit tour à l'extérieur du village afin de repérer la position des démons. Bruno trouve une taverne, où son talent de gros buveur et sa descente de trou sans fond lui permirent de se faire quelques amis, et d'apprendre beaucoup sur l'état général du village. Maximilien partit à la bibliothèque de Driven, à la recherche de renseignements sur les "pouvoirs" des humains en général, pour mieux comprendre ceux de ses compagnons en particulier. Wally et Camille se retrouvèrent seuls à l'auberge, et décidèrent de se promener ensemble dans les rues du hameau, discutant de tout et de rien. Largement plus jeune que la moyenne au sein de leur groupe, complètement inexpérimentés en matière de voyages, Wally et Camille se sentaient déracinés, perdus dans un monde hostile. Ils passèrent trois quart d'heure à discuter, d'abord du vieux Tordanno et des enseignements qu'ils leur procurait. Camille s'étonna de constater que Wally avait une confiance absolue en Maximilien, tandis que Wally, lui, fut déçu de constater que Camille, comme la majorité des gens, ne savait pas lire. Malgré leurs nombreuses différences, ils se trouvèrent beaucoup de points communs. Finalement, au bout de cinquante minutes de discussion sans but, c'est Wally qui aborda le sujet des pouvoirs.
-"Maître Tordanno a dit que nous avions tous un pouvoir, mais je me demande en quoi peut bien consister le mien. Je n'ai jamais ressenti quoi que ce soit, moi... Dis-moi, ça fait comment ?
-Quoi donc ?
-Quand tu te déplace sans bouger...
-Oh..."
Camille regarda son bras gauche, cherchant du regard une quelconque cicatrice laissée par les mâchoires du démon, en vain, elle avait régénéré d'une manière spectaculaire. Visiblement, cette idée la troublait. Elle se mit à rougir.
-"Ça chatouille quand je le fais. Mais je n'aime pas le faire.
-Pourquoi ? C'est pourtant formidable comme pouvoir... Tu peux échapper à tout, tu pourrais être où tu veux, en un rien de temps...
-Oui, mais... Je me sentais déjà assez différente, avant.Je suis comme toi, je n'ai jamais connu mes parents... Tu sais à quel point c'est dur de regarder les autres enfants courir dans les bras de leur mère lorsque vient l'heure du goûter, tandis que tu ne peux que ruminer ta faim. Toi, encore, tu as été recueilli par Maximilien, mais moi... Bref, ce sentiment de différence... C'est le même. Regarde mon bras... J'ai l'impression de ne même plus être humaine...
-Tu sais Camille, j'ai pas connu beaucoup de monde, mais je peux t'assurer que tu es bien humaine.
-Merci...
-C'est un peu bizarre comme compliment !
-J'avoue...
Lorsque, quelques minutes plus tard, ils parvinrent à l'auberge, ils riaient encore. Ils virent Maximilien assis à une table, et le rejoignirent. Personne n'étant revenu en retard, la réunion commença dès leur retour, et chacun raconta, tour à tour, ce qu'il avait appris.
-"Je suis sorti de Driven, et ce sans mal. Les démons sont toujours aussi confiants. J'ai marché une vingtaine de minutes dans la forêt, j'ai croisé plusieurs petits groupes humains. Des jeunes couples du village, principalement, mais aussi quelques groupes de personnes ayant préféré fuir dans les bois qu'endurer la tutelle démoniaque. J'ai un peu discuté avec eux, ils ont pour la plupart coupé toute communication avec les villages, et ils organisent des plans de guérilla, comme nous l'avons fait. Ils m'ont confié certains de leur plans, ils sont minables. Mais ces gens-là sont prêts à jouer leur vie pour la liberté, ils pourraient devenir des alliés de poids si nous venions à les enrôler.
-Jouer sa vie est une chose. Jouer celle des autres, en revanche..." Maximilien avait le regard sombre. Depuis son retour, il n'avait pas daigné desserrer les lèvres. Il y avait un problème grave, visiblement. Un silence s'installa, puis Camille le rompit;
-"Jouer la vie des autres ? Je ne comprends pas...
-En allant à la bibliothèque, je suis passé par la grand-place. Sur le panneau d'affichage du village, une lettre avait été placardée, visiblement pas écrite par des humains... Elle disait : Dorénavant, en cas de révolte, pour chaque démon tué, un humain sera mis à mort dans chaque cité du royaume.
-Il faut prévenir les fuyards des bois avant qu'ils n'entreprennent quoi que ce soit !
-Trop tard, Sadgelenn ! Je suis passé par une taverne. J'y ai croisé un ivrogne, il était dans un état lamentable. Vous medirez, normal pour un ivrogne... Mais c'est un cas particulier. Vingt-quatre personnes ont été mises à mort, à la suite de la rebellion d'un village. ces personnes ont été choisies au hasard, on y comptait des femmes, des vieillards, des enfants. Il y comptait sa femme, et ses deux fils, exécutés à cause de la révolte d'un village. A cause de notre révolte." Bruno se tut. Wally, sous le choc, avait les yeux grand ouverts, la bouche tordu dans un rictus d'horreur. Sadgy, l'air sombre, avait fermé les yeux. Francis, lui, avait les yeux perdus dans le vague. Maximilien semblait avoir vieilli d'un coup sec. Soudain, Camille se mit à pleurer, tout en gémissant, elle demanda :
-"Maximilien, dites moi, combien y a-t-il de villages en Ganesh ?
-Beaucoup. Plusieurs centaines...
-Alors... En tuant ce démon, dans la forêt, j'ai tué... Des centaines de gens... J'ai... J'aurais du m.. M... Mourir !"
Personne ne répondit. Chacun, en son for intérieur, pensait à peu près la même chose. En tuant un ennemi, ils tuaient des centaines d'hommes, de femmes, en tuant des monstres ignobles, ils tuaient par erreur des centaines de mère, des centaines d'innocents.
-"Et alors ?" Sadgy, lui, semblait se désintéresser de la question. "Qu'est-ce que ça change... A quoi bon vivre,dans le fond, si nous nesommes que les jouets des démons ? Ce qui me surprend, c'est qu'il n'y ait eu que nous pour nous rebeller. L'humanité est le plus grand ramassis de couards jamais composé ! Que cette leçon réveille au moins les gens."
Il fut coupé dans sa diatribe par le poing de Francis qui s'abattit sur lui.
-"Salaud ! T'as pas honte !? Tu parles de gens comme nous !
-Non, justement. Je parles de prisonniers. Je parle d'hommes enchaînés, dominés par les démons. Regarde ce village ! Les vivres sont rationnées, chacun est cloitré chez soi dès le coucher du soleil, personne ne le montre, mais tout le monde vit dans la peur. Les couples que j'ai vu aujourd'hui s'étaient isolés pour qu'on ne les entende pas pleurer. Tous, sans exceptions, se séparent, de peur de ne pas pouvoir se relever si l'un ou l'autre venait à mourir sous le joug des monstres. Regardez, cette humanité, qui rampe dans la fange ! Qu'y a-t-il à en tirer ? Je préfèrerait mourir mille fois que de survivre comme il le font, et endurer l'horreur qu'ils subissent ! Les exécutions sont au moins faites sans douleur ! En tuant un démon, on rend deux services à la fois !"
Cette dernière phrase resta en suspens, résonnant aux oreilles de chacun, durant un temps de silence qui parut long, très long, à nos aventuriers. Certes, Sadgy exagérait, mais dans le fond, il n'avait pas vraiment tort. Quelle valeur donner à une vie sans lumière ? C'est finalement, comme souvent, Maximilien qui coupa le silence.
-"Nous sommes en guerre, et chaque village que nous sauverons sera un espoir de voir l'humanité renaître.
-Que voulez-vous dire ?" demanda Wally "Vous semblez considérer l'humanité comme déjà perdue...
-Elle l'est, Wally, elle l'est. La prophétie est en réalité plus complexe que la version que chacun connaît. Chacun l'a comprise à sa façon, mais il est un point sur lequel tout le monde est d'accord : selon la prophétie, l'humanité va disparaître totalement, à l'exception de sept élus. Ce sont eux qui vaincront les démons, ce sont eux qui renverseront Graäkh, et ce sont eux qui rebâtiront l'empire des hommes.
-Bonjour la consanguinité, je donne pas plus de dix génération avant une extinction complète de l'espèce !
-Sadgy, quand cesseras-tu d'être à ce point acerbe ? La prophétie contient beaucoup de messages codés. Certains sous-entendent la survie de l'homme "primitif", on pense que beaucoup d'hommes survivront dans la nature, comme des animaux, puis qu'ils seront recivilisés. D'autres pensent que ces survivants sont considérés comme primitifs parce qu'ils se seraient alliés aux démons pour survivre. Bref, chacun a sa petite hypothèse, certaines sont plus plausibles que d'autres. Je pense, personnellement, que effectivement les sept élus ne seront pas les survivants exclusifs au carnage qui détruira l'humanité, mais je suis absolument persuadé que durant leur quête, ce sera tout comme."
Un autre silence se fit. Une fois encore, le groupe devait assimiler de nouvelles révélations, et très vite les pensées divergèrent. Sadgy se demandait combien encore de surprise le vieux Tordanno leur réservait. Francis se demandait s'il ferait partie des survivants, Bruno se sentait fier d'être parmi les élus, Maximilien se demandait ce qui pouvait bien les attendre sur la suite de leur parcours, Wally se demandait quel pouvait bien être son pouvoir. Camille, elle, voyait son esprit accaparé par une idée largement différente de celles de ses camarades. En effet, elle était la seule femme du groupe. Son regard se tourna vers le vieux maître, et elle se demanda, suis-je destinée à servir de mère pour la renaissance de l'humanité ? Elle n'avait jamais eu le temps, durant sa jeunesse, de se poser ce genre de question. Orpheline, abandonnée, elle avait toujours eu à se battre pour pouvoir manger, et pour ne pas être chassée du village elle devait aussi être discrète. Elle était restée sur ses gardes chaque seconde de sa vie, craignant d'être accusée, lapidée, mise à mort. Dans le fond, l'idée d'avoir des enfants lui plaisait, elle se demandait juste comment les faire... Wally rompit le fil de ses pensées en brisant le silence qui régnait à la table.
-"Maître Tordanno... Nous ne sommes que six !"
Soudain, une idée nouvelle apparut dans l'esprit de chacun : le groupe n'est pas terminé. Au moins une personne est déstinée à les rejoindre... Et n'importe qui peut disparaître, à tout moment.
-"Non, en effet.
-Avez-vous la moindre idée de qui pourrait être la septième personne ? Votre pouvoir doit vous permettre de le savoir, non ?
-Et bien, mon pouvoir ne me permet pas la connaissance au sens où je sais sans apprendre. Mon pouvoir me donne une mémoire absolue, j'ai souvenir de chaque seconde, chaque image, chaque pensée, chaque odeur, chaque son. Mon don me permet de ressentir l'avenir très proche. Depuis que mon pouvoir s'est éveillé, je n'ai jamais cessé de m'entraîner, mais je n'ai jamais été capable de prévoir quoi que ce soit présicément au delà de la pluie et du beau temps ! Par contre, ce pouvoir me permet de confirmer ou d'infirmer mes analyses. Lorsque nous avions mis notre plan de révolte en place, je sentais une grande victoire approcher. Cette victoire, nous l'avons eue... Ce n'est que quelques jours plus tard que j'ai commencé à sentir le drame nous tomber dessus.
-Peut-être que le septième est lui aussi originaire de notre village...
-Qu'as-tu dis, Bruno ? Notre village a été entièrement rasée !
-J'explique. Aujourd'hui, à la taverne, j'ai entendu dire que des prisonniers du village de révoltés allaient être mis à mort sur la place publique."
Finalement, le groupe resta en campement dans le village plus longtemps que prévu. Deux jours étaient passés depuis la fameuse discussion. L'ambiance était restée très lourde, tout ce temps, et lorsque vint le moment de se rendre sur la place, tous étaient tendus.
Dans ce village entièrement de bois, aux routes de terre battue, la place semblait hors propos. Le centre de la place était une immense plaque de granit rose, parfaitement circulaire, autour de laquelle avaient été ordonnée une ribambelle de stèles de pierre, formant une mosaïque complexe et envoûtante. Lorsque les pionniers étaient parvenus dans cette région, ils avaient en fait découvert cette oeuvre au beau milieu d'une forêt, et avaient décidé de bâtir la cité autour. Habituellement encerclée par les étals du marché, la place en ce jour ne supportait qu'une maigre construction, une estrade, posée au centre de la grande dalle. Sur cette estrade, deux démons tenaient un homme, grand, blond, assez beau garçon, dont le regard bleu brillait de larmes. Prefnel.
Lorsque les deux démons commencèrent à le frapper, un frisson parcourut l'assistance. Satisfaits par leurs effets, les démons redoublèrent de violence. Deux heures plus tard, Prefnel avait subi les coups, les brûlures, l'écorchement, ses mains et ses bras avaient été broyés dans des presses. Malgré le sang qui ruisselait, malgré la douleur, il ne s'était à aucun moment évanoui, et était toujours vivant. Ses hurlements laissant place à des gémissement de douleur, les démons l'enchaînèrent à l'estrade, puis amenèrent trois autres villageois. Tous étaient originaires de Linio. Ils furent décapités, et leurs têtes furent plantées sur des pals, prévus à cet effet, montés avec l'estrade. Ils descendirent de l'estrade, y laissant les cadavres et Prefnel agonisant, puis partirent en direction de leur campement, hors du village. Obéissants, les villageois s'écartèrent pour les laisser passer.
Chapitre IV-Driven /partie deux\
Une fois les démons partis, Francis monta sur l'estrade, et défit les chaînes de Prefnel. Aidé par Bruno et Sadgy, il l'emmena jusqu'à l'auberge où ils résidaient. Lorsqu'ils posèrent Prefnel sur un lit, il respirait encore, et Maximilien se pencha sur lui, équipé de son savoir et de ses réserves d'herbes médicinales. Chacun sortit de la pièce, sauf Wally, assistant du vieil homme. Le lendemain, Maximilien et Wally descendirent dans la grande salle, rejoignirent leurs camarades à cette même table où s'était déroulée leur réunion. Wally s'assit à coté de Camille, tandis que Francis laissait sa place sur la banquette au vieux Tordanno. Un silence se fit, chacun attendait les nouvelles. Au bout de quelques minutes, Maximilien rompît le silence.
-"Il a complètement cicatrisé."
Mis à part Wally, qui était déjà au courant, tout le monde écarquilla les yeux.
-"Maître, votre savoir nous étonnera toujours" Avança Bruno
-"Je n'ai strictement rien fait. Prefnel a guéri de lui-même"
-"Il a complètement cicatrisé."
Mis à part Wally, qui était déjà au courant, tout le monde écarquilla les yeux.
-"Maître, votre savoir nous étonnera toujours" Avança Bruno
-"Je n'ai strictement rien fait. Prefnel a guéri de lui-même"







